Vivre à l’étranger un arbitrage très personnel

Dernièrement j’ai lu beaucoup d’articles d’entrepreneurs, salariés, étudiants envisageant de quitter la France pour vivre à l’étranger en raison de la pression fiscal et de la sclérose du système français, de la même manière j’ai lu beaucoup d’articles critiquant durement le système fiscal et de protection social, c’est clairement devenu un sujet à la mode. Alors étant un petit marseillais entreprenaute vivant à l’autre bout du monde, j’ai peut-être quelques idées et expériences sur le sujet. Le premier point c’est qu’il s’agit d’un arbitrage entre ce que l’on a à une date t et ce que l’on espère avoir a une date t+1 en changeant de pays. C’est donc à la fois simple et particulièrement complexe et cela reste une décision difficile a prendre avec une dose de risque qui reste quoi qu’il arrive importante.

Si l’on doit quitter la France sur des critères liés au taux d’imposition, la première chose a laquelle il faut penser c’est « tout se paie directement ou indirectement », ce que vous payez en impôts en France il faudra le payer dans le secteur privée, dans certain cas cela peut-être avantageux mais dans la plus part des fois cela ne l’est absolument pas, bien au contraire… Il est de bon ton et très bien vu de crier contre la pression fiscale en France… Je vis dans un pays, le Chili, ou le libre marché est roi, avec un taux d’imposition inférieur a 25% pouvant bien souvent tomber a presque zéro, le rêve non… un pays ou il est relativement facilement de ne pas payer d’impôts tout en ayant des revenus assez confortable. Mais comme je le disais plus haut tout se paie… et cela peut devenir très cher sans avoir la même couverture et aide qu’en France. La santé pour commencer, pour une famille de 4 personnes, le premier « plan » privé commence à €400 par mois c’est le minimum pour une couverture de grosso modo 20% quant on sait que la visite chez le pédiatre coute plus de €60… ca commence a chiffrer… dois-je rajouter aussi qu’il n’y a pour ainsi dire aucun remboursement sur les médicaments ? Un petit exemple ma fille a une petite allergie lié à la pollution le traitement le plus léger me coute plus de €150 par mois et en cas de crise… ca peut monter a €300. Alors oui il y a un très bon côté a ce secteur privé dans la santé, c’est la qualité, c’est un service vraiment très bon aucun doute la dessus, mais cela reste totalement hors de prix pour plus de 90% de population… ces 90% sont donc dans le secteur public, ou la qualité est catastrophique, je ne vous fais pas un dessin. Alors oui le Chili et bien des pays libéraux ont un taux d’imposition très bas mais au niveau de la couverture santé il faut passer par le secteur privé qui est très cher même si de très bonne qualité en général. Je vais passer sur les petits détails de la santé ou un accouchement normal peut couter très facilement plus de €7.000, que les femmes de 20 a 40 ans paient le double qu’un homme dans cette tranche d’âge, que les enfants de 0 a 5 ans on une majoration de presque 100% et ainsi de suite… personnellement pour un plan moyen j’arrive a payer pour une couverture maladie plus de €800 par mois.

Après la santé vient l’éducation… a lire la presse française et les commentaires l’éducation en France c’est terrible, la pire du monde etc… oui mais c’est globalement gratuit et accessible a tous sans condition. Alors comment en est-il dans un système libéral, et bien d’un côté un secteur public sans moyen, des infrastructures qui ont plus de 50 ans, des prof sous-payés et pas motivés… comme en France non… et bien le facteur que l’on regarde le taux d’entrée à l’université de ceux qui sont passé par le secteur public de l’éducation on tombe a moins de 20% oupps ca fait mal à l’ascenseur social quand même, soyons clair ici au Chili l’éducation « nationale » n’aide que très peu à faire sortir des jeunes avec un certain talent. Le secteur privé alors, dans mon cas c’est l’Alliance Française… l’année prochaine ce sera deux enfants soit à payer tous les mois plus de €1.000 , tout comme la santé l’éducation est de très bonne qualité je ne vais absolument pas me plaindre de la qualité de l’enseignement privé loin de là mais a ce prix c’est peut-être un minimum aussi.

Alors vivre a l’étranger par rapport a la France sur certain plan est souvent bien plus « cher » car ce que l’on ne paie pas en impôts on le paie directement, a partir de là tout va donc dépendre de ses revenus plus les revenus seront haut plus il sera interessant de vivre à l’étranger, de ce point de vue partir dans un pays « libéral » ou le taux d’imposition est bas et ou le secteur privé est « maitre » c’est un choix possible lorsque les revenus sont hauts, sinon c’est une très mauvaise idée.

Mais partir à l’étranger ce n’est pas qu’une question d’impôts bien évidement, cela peut-être un choix du coeur, une nouvelle aventure ou autre chose alors clairement dans mon cas et dans bien des pays par exemple créer une entreprise est simple et rapide, le salaire minimum est souvent bas (voir très bas) et les charges patronales ne sont pas écrasantes, bien le contraire de la France encore faut-il être du bon côté de la barrière aussi.

Mon cas n’est pas unique, aux Etats-Unis, en Angleterre etc dans les pays libéraux c’est le même concept, là ou le secteur public est défaillant le secteur privé prend la relève mais ce secteur privé est pour ainsi dire réservé à une élite économique, la grand majorité elle étant exclu de ce système et se retrouve dans un secteur public totalement dépassé par les événements et ce bien plus qu’en France. Il faut donc être réaliste aujourd’hui l’envie de partir ailleurs ne peut plus se faire avec « 2 francs 6 sous ». La France est l’un des derniers pays ou avec des revenus bas on peut encore s’en sortir, ailleurs c’est bien pire.

Il ne faut pas penser que dans l’autre près l’herbe est toujours plus verte, en tout cas pas pour tout le monde. Je ne supporte plus d’entendre certaine élites économiques critiquer un système qui certes n’est pas fait pour lui mais pour le plus grand nombre, quand je lis certain articles comme par exemple (Que serait un programme Thatcher pour la France?) on voit bien ici combien certain sont totalement hors du temps et hors du monde… ils sont dans leur monde et dans leur temps et ne pensent finalement qu’a leur petite personne, avec des idées qui sont en plus totalement stupide et qui n’ont aucun sens, on pourrait débattre a longueurs de lignes  le manque total d’intelligence économique de ces « libertaires » mais ce serait un autre billet, ces extrémistes ont dut adorer (du moins le début) le film Elysium… un vrai petit paradis loin de ce ces sales pauvres.

Soyons clair la France n’est pas le paradis sur terre loin de là et encore moins avec le président actuel dont la lâcheté politique n’a pour moi pour ainsi dire aucun équivalent dans notre histoire républicaine, je crois fondamentalement que pour sortir du trou il faut travailler et que c’est en travaillant plus que l’on avancera, par exemple le fait que le statut d’auto-entrepreneur soit aujourd’hui vidé de sens est une totale hérésie économique. Notre administration d’un autre temps est capable de faire peur au plus motivé des entrepreneurs tout cela est vrai et doit être réformé, mais en même tout n’est pas parfait ailleurs, partir dans l’aventure de l’expatriation c’est un choix personnel et économique il faut savoir ce que l’on va gagner mais aussi perdre et depuis l’autre bout du monde je vous assure que ce n’est pas toujours facile et que bien souvent je regrette ma « douce France » et que je pense rentrer bientôt car finalement ce n’est pas si mal que cela et que ce qu’elle nous offre plus qu’elle ne nous prend.

6 réponses
  1. Le Juge dit :

    + 1000000000%

    Totalement d’accord avec toi – meme si depuis mon arrivé au canada cela va mieux (par rapport aux US).

    Et oui en france il y a une grosse pression fiscale eteffectivement il est de bon ton en ce moment de sinistrose de cracher dans la soupe et de vois ca et la des entrepreneurs dire « oui je quitte la france .. patabli et patabla » et nombre de gens d’acquiesser sans rien connaitre a ce qui se trouve ailleurs.

    J’ai 35 and et pas une année de cotisation retraite devant moi – il va falloir que je rattrape – j’ai vécu 3 ans aux US sans assurance santé aucune – mheureusement que tout s’est bien passé – impossible de payer pour ma femme et mon gosse ($1500/mois) – heureusement comme ma femme etait couverte par le system francais son accouchement a presque etait indolore pour notre portefeuille – mais aux US un accouchement qui se passe bien c’est dans les 15k euros.

    Le systeme canadien est mieux – je vais pouvoir mettre mon mome dans une ecole publique pas trop mal – sinon cela aurait été dasn les 5k a 10k par an – a Houston preschool (maternelle) c’est 850/mois mini ca grimpe ensuite si on doit mettre ses momes dans le privé.

    Bref tout ca pour dire – la situation en france c’est pas jojo, et oui de mon coté je m’en sors mieux a l’etranger – mais comme tu le dis ce sont des choix qu’on fait on mise sur certaines choses et on se passe de certaines autres – donc l’herbe n;est pas forcément tellement plus verte ailleurs.

  2. Arnaud dit :

    Intéressant ton article, c’est un sujet assez complexe et délicat à prendre au cas par cas (que ce soit concernant le pays ou le secteur lié au travail).

    Il y a des avantages à travailler dans certains pays mais tout n’est pas tout rose parfois, le plus important étant d’avoir un réel projet professionnel et ça demande parfois d’avoir des ressources suffisantes pour être pris en charge dans le privé.

  3. Thibaut dit :

    Bonjour,

    Je suis toujours frappé de la place qu’ont les questions de santé lorsque l’on s’installe dans un pays étranger. A croire que c’est le sujet numéro un des préoccupations des Français; d’ailleurs c’est par cela que tu commences ton article, donc je suppose que c’est quelque chose de vital pour toi et ton entourage, et c’est compréhensible. Mais je pense qu’il s’agit ici de deux choix de société: l’un où l’on considère que la santé est du domaine du privé, que c’est quelque chose que l’on doit considérer comme une assurance et que finalement, il n’y a que nous même qui sommes capable de déterminer quelle doit être notre couverture médicale. Et de l’autre un système totalement collectif et nationalisé, et j’irai même qui va au delà, puisque la France, dans sa très grande mansuétude a instauré un système de sécurité sociale que je qualifierai d’universel (CMU).

    Autrement dit, même si vous ne cotisez pas, que vous n’êtes pas en règle, que vous n’avez pas de papier, nevermind la collectivité paiera toujours pour vous; car il faut quand même le reconnaitre: il n’y a rien de gratuit, ce n’est pas parce que tu ne payes pas directement, grâce à ton tiers payant que l’argent ne sort pas. L’argent, il sort tout le temps, et de plus en plus. Tous les chiffres que tu nous a sorti, ils sortent aussi quelque part un moment ou un autre en France, et à mon humble avis, encore plus ici où l’on va jusqu’à rembourser les cures thermales ou les antalgiques.
    La seule différence, c’est que tu ne le vois pas directement et qu’ils sont supportés par la collectivité. Le seul hic dans tout cela, c’est qu’à la longue, la collectivité, elle n’arrive plus à supporter tout cela et elle finit par avoir un trou, un trou béant qui pèse plus de 13 milliards d’euros. Et c’est pour cette raison que maintenant, ma cotisation de sécurité sociale est ponctionnée de plus en plus par le remboursement d’une dette et que quelque soit l’argent que je gagne, je dois obligatoirement y prélever 15,5% de la somme pour combler cette même dette.

    Alors ok pour aider tous les nécessiteux, ok pour aider tout ceux qui en ont besoin et qui ne peuvent pas payer, ok pour toujours payer pour les autres; mais jusqu’où et surtout jusqu’à quand, et surtout à quel prix, et pour quel retour, sachant que ma sécu, elle me rembourse en moyenne à peine 55% de mes frais.

    Je pourrais encore longtemps parler de tout cela, car moi aussi j’ai été un expat pendant des années, moi aussi j’ai payé une assurance privée très chère qui entre parenthèses ne m’a pratiquement jamais servi. Je ne regrette rien mais maintenant que je suis revenu en France, j’ai fait mon calcul: ma famille, moi, les autres que je suis prêt à toujours aider au nom d’une solidarité qui n’est en fait qu’un synonyme pour de l’imposition et une montagne de dettes que je paye (Cf CSG/RDS), est-ce que cela vaut toujours le coup ?

    Je n’en suis malheureusement plus sur du tout.

    Bien cordialement. Thibaut

  4. Laurent Bourrelly dit :

    Hmmm disons oui et non…
    J’ai finalement très peu vécu en France, mais suffisamment pour pouvoir comparer.
    Certes, c’est clair que ceux qui pensent faire 100% d’économie en allant habiter en Andorre ou au Chili se foutent le doigt dans l’oeil.
    Par contre trop c’est trop. Je suis d’accord pour contribuer à la société toussa, mais il ne faut pas exagérer. En France, c’est clairement du racket.
    De partir m’a surtout donné des ailes. Bien sûr que je paye plus cher plein de trucs, mais je n’ai pas cette espèce de pression malsaine et constante. Se dire que je vais devoir filer à l’état 50 à 80€ sur 100€ encaissés fait perdre de la motivation et empêche de s’embarquer sur certains projets.
    Franchement, je me suis barré pour de bon il y a 10 ans, après avoir fait une tentative de retour pendant 5 ans et jamais on ne m’y reprendra.
    Je paye « indirectement » avec le plus grand plaisir tout ce qui est plus cher qu’en France et je suis ravi de ne même pas savoir exactement quel est mon imposition exacte. Ma comptable m’a tout expliqué (oui maintenant en Andorre on a une TVA, on déclare nos comptes et on paye des impôts), mais j’ai juste compris que c’était suffisamment indolore pour que je n’ai pas besoin de me tracasser à comprendre combien et comment.
    Puis on a une très bonne sécu, pas de crime, pas de chômage, pas d’assistés et pas de branleurs. Tout le monde bosse ! Quel concept hein ???!!!

  5. Micka dit :

    Salut,
    Je suis d’accord avec ce que tu avances, tout est question d’approche. La plus grosse problématique, ce sont les gens qui quittent la France pour aller dans un pays où ils ne payent pas d’impôts, mais sans mesurer que leur vie complète va évoluer à bien des égards.
    Je trouve que cet article résume très très bien, les problématiques de l’expatriation dans un pays émergeant, donc un pays où il y a de fortes chances de faire de très grosses économies d’impôts…
    http://www.vernier-sur-rock.ch/Ch14.html

  6. achat maison marbella dit :

    Sans aller aussi loin qu’au Chili, il suffit de regarder les avantages fiscaux du Royaume-Uni par rapport à la France pour comprendre qu’il est difficile de créer une entreprise en France tant les charges sont lourdes..

Répondre

Se joindre à la discussion ?
Vous êtes libre de contribuer !

Laisser un commentaire